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ô débit ô séries textes inédits

I. ALIENOR POE

II. GUENIEVE EN PURE PERTE

III. LE CHIFFRE DE LA CHOSE    

IV. PETIT bou, GENESE D'UN MORPHEME FONDAMENTAL  

V. ECRIRE D'ACCORD, AVEC QUOI ... ? Statuettes d’art brapoire Collages 3D

VI. TROIS SURPLOMBS LINGUYSTERIQUES FROETHYPPELIENS et trois métaphores

VII. Ieg, UNE LARME A L'OPERA, La Nouvelle   

VIII. RUISSELLEMENT 1

IX. Ieg UNE LARME A L'OPERA, La cinq-Nouvelle  

X. RUISSELLEMENT 2      

XI Ieg, UNE LARME A L'OPERA, Une sixième      

XII. RUISSELLEMENT 3

XIII. Ieg, UNE LARME A L'OPERA, la une ou deux dernière-Nouvelle          

XIV. RAVISSEMENT 1 : I-Portrait d’une 720-Moiaeh 

XV. SERIAL PARTITIONS-POEMES LANGUE Nô Nô  

XVI. RESSASSER MA LANGUE Nô Nô textes avec collages

XVII. IL FAUT GACHER LA LANGUE Nô Nô collages             

XVIII.  GLOSE EULALIE avec collages

XIX.  TRISK- ET QUADRISKELS collages

XX. TROIS OU QUATRE DISCRETS  

XXI. COLLAGES POUR UN TEMPS D'ALETTRE ARRIVE collages           

XXII. GEOMETRISER L'ESPACE LITTERATURAL collages 3D     

XXIII. NON-NON CAPUCHON

XXVIV. ANNEXE : EMMM’UUNnnnHh         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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I

ALIENOR, petit conte fantastique

(1996)

« Pourquoi n’arriverait-il pas aux lettres du livre que nous lisons de se mettre à danser, et puis de s’enfuir ? »

J. Paulhan, Le Don des langues.

 

Mère et fille se sont réfugiées à lire dans la salle à manger exceptionnellement chauffée. Dans ce décor inhabituel, l’Aliénor enfant craint le nom du fantôme qu’il va falloir entendre au moment où, seule en silence elle le lira. Il approche au pas de sa lecture. Elle a besoin de sa mère lisant sous son regard. Elle replie les jambes sous son corps pour laisser à la frayeur du mot le moins de surface à s'emparer d'elle. Elle remonte le col sur sa nuque soudain trop longue. Fait ramper en arrière ses mains sous les poignets de laine du chandail et se rabougrit dans le fauteuil pour s’y dissimuler la tête. 

Comment se faisait-il que Percy l’ait aujourd’hui laissée sur la touche 111 de leur page secrète, à lire seule leur histoire exquisément terrible ? Qu'il soit resté introuvable pour rejouer ensemble l'aventure du frisson de la maison hantée ? Pourquoi fallait-il que le garçon de son livre préféré se conduise aussi mal que ceux de la rue ? Il y avait bien eu quelques dédains de sa part, mais les garçons sont comme ça, elle le constatait avec ses frères.

 

À l'instant qu’elle lit le mot, le nom du fantôme s’explose dans la pièce avec une tonitruance d’elle seule entendue. Elle met les mains sur ses oreilles et voit dans une fission de bombardement chaque lettre s’aller plaquer et crever sur les murs et le plafond. Leur fracassement s’achève dans un dégoulinement de pourrissements qui ruisselle le long des parois. Une apostrophe poisseuse tombe sur son chandail. Elle n'avait jamais remarqué qu'il y avait une apostrophe au nom du fent’hom. Elle s’en trouva secouée par un tressaillement étranger à celui de l'aventure du revenant familier. Le livre était tombé de ses genoux.

 Les yeux fermés, elle s’employait à ce que ses épaules lui passent par-dessus la tête pour se protéger, comme on le ferait d'un capuchon. Mais ce n'est pas évident de réussir cet exercice. On reste nu. Sa vie de fillette banale abandonnait son corps, qu’elle voyait se répandre sur le nouveau linoléum, fantastiquement rejetonne cette vie du nerveux Valdémar cher aux curiosités d’Edgar Poe. Elle glissait du fauteuil avec la lenteur d’un sempiternel à-déjà-n’en-pas-finir. Elle commençait de gésir au sol comme flaque lune rejoignant le tas cadavère des lettres du nom fantôménal.

Sa mère la regardait : - Tu lis trop. Tu t’abîmes les yeux. Va jouer à l'air avec tes frères !

- Ah ! Le grand Air de l'air